En agriculture, le cuivre sert de produit de traitement très efficace contre différentes maladies fongiques des plantes. Son efficacité contre le mildiou de la vigne a été découverte il y a déjà 140 ans, et on a alors commencé à mélanger le cuivre avec de la chaux – c’était le premier fongicide. On estime que, aujourd’hui, plus de 90 pourcents du cuivre sont utilisés par l’agriculture conventionnelle.

Le cuivre: À la fois une bénédiction et une malédiction

On trouve du cuivre partout dans la nature, et c’est un nutriment vital pour la plupart des êtres vivants. Il est pour l’homme le troisième des plus importants oligoéléments, et il doit y en avoir en quantité suffisante dans notre nourriture. Les plantes aussi ont besoin de cuivre. Des concentrations insuffisantes de cuivre peuvent provoquer une mauvaise croissance, un retard de la floraison et une stérilité des plantes. Le cuivre peut cependant être toxique à hautes doses. Ce métal est utilisé comme produit phytosanitaire en pulvérisation sur les parties aériennes des plantes qu’il protège alors contre les maladies fongiques. Le cuivre a un large spectre d’action qui va par exemple de la tavelure des pommes au mildiou des pommes de terre ou des tomates. Les ions de cuivre font mourir les champignons en bloquant leurs réactions enzymatiques vitales. Dans différentes cultures – aussi bien en agriculture conventionnelle que biologique, l’abandon total du cuivre aurait actuellement pour conséquences d’importantes diminutions des rendements et d’énormes pertes de qualité. Et pourtant l’utilisation du cuivre pose des problèmes. De faibles concentrations de ce métal lourd peuvent en effet déjà être toxiques pour les microorganismes et les mollusques. S’y rajoute le fait que le cuivre s’accumule avant tout dans les couches superficielles du sol. Des études réalisées dans des sols contaminés ont montré que certains microorganismes développent une certaine tolérance au cuivre quand la pollution cuprique est importante et que la composition des biocénoses se modifie ensuite. On ne sait pas encore quelles conséquences cela peut avoir pour le sol, et c’est pourquoi l’agriculture biologique travaille à trouver des alternatives.

L’utilisation du cuivre est plus fortement limitée en agriculture biologique

Depuis la découverte de ses capacités fongicides, l’utilisation du cuivre a déjà été fortement diminuée. Jusqu’en 1960, on utilisait en Suisse des quantités de cuivre allant jusqu’à 60 kilos par hectare et par année (kg/ha/an). En agriculture conventionnelle, l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) autorise encore 4 kg/ha/an dans la plupart des cultures – et jusqu’à 6 kg/ha/an dans la vigne. Pour les productrices et producteurs biologiques suisses, le Cahier des charges de Bio Suisse impose des quantités maximales encore plus basses: 1,5 kg/ha/an pour les fruits à pépins, 2 kg/ha/an pour les petits fruits et 4 kg/ha/an pour les autres cultures. Une étude de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL) montre cependant que les quantités moyennes de cuivre utilisées dans la pratique bio sont plus basses: Elles se situent en dessous de 1 kg/ha/an pour les pommes, toutes les sortes de petits fruits, les choux, les tomates, les concombres et les cépages viticoles résistants, entre 1 et 2 kg/ha/an pour les poires, les abricots et les carottes, et en dessus de 2 kg/ha/an pour les cerises, les pommes de terre, les céleris et les cépages européens traditionnels.

Une stratégie combinée pour remplacer le cuivre

L’agriculture biologique suit actuellement une stratégie combinée pour diminuer toujours plus les quantités de cuivre utilisées. Cette stratégie est centrée sur la sélection et la culture de variétés résistantes aux maladies fongiques, sur des modifications de la conduite des cultures, sur des optimalisations de l’utilisation du cuivre ainsi que sur le développement et l’utilisation de produits alternatifs.

Des partenariats stratégiques pour trouver des alternatives

Le FiBL travaille depuis 2011 avec l’université de Bâle au développement de produits capables de remplacer le cuivre. L’équipe de chercheurs a déjà testé 3500 extraits de plantes et de microorganismes pour connaître leur efficacité contre des champignons et des bactéries phytopathogènes, et il en est ressorti que 10 % des extraits ont une efficacité et que 5 % pouvaient être sélectionnés pour la suite des recherches. Le facteur décisif pour le choix d’un nouveau traitement à base de produits naturels sera avant tout sa résistance à la pluie et aux UV. Le but est de pouvoir mettre sur le marché d’ici 2025 un produit phytosanitaire révolutionnaire pour la viticulture et l’arboriculture.
Le FiBL et fenaco ont conclu en 2020 un partenariat stratégique. Dans le domaine de la coopération pour la recherche, la première phase de de partenariat comprend le développement et la réalisation de solutions novatrices pour une protection phytosanitaire durable. Le but de ce projet commun est de pouvoir mettre sur le marché un produit capable de remplacer le cuivre pour la lutte contre le mildiou de la vigne et d’autres maladies des plantes.

BIO et conventionnel: À la fois semblables et différents

Des estimations du FiBL montrent que plus du 90 pourcent du cuivre utilisé en Suisse comme fongicide est employé par l’agriculture conventionnelle – et cela le plus souvent en combinaison avec des pesticides de synthèse. Le cuivre sert dans ce cas avant tout à éviter que les champignons phytopathogènes développent des résistances. Car on ne connaît jusqu’ici aucun exemple d’un champignon qui ait réussi à se rendre résistant au cuivre. Par exemple, la culture conventionnelle de la betterave sucrière utilise de nouveau depuis 2018 du cuivre toutes les 3 semaines contre le champignon responsable de la cercosporiose. Alors qu’aucun fongicide n’est autorisé dans la culture biologique de la betterave à sucre – le cuivre pas plus que d’autres. Le FiBL a donc calculé que, si l’agriculture suisse se reconvertissait entièrement au bio, la quantité totale de cuivre utilisée resterait à peu près au même niveau qu’aujourd’hui.

Vigne: Les cépages résistants s’en sortent aussi sans cuivre

On espère trouver de très importants potentiels de diminution du cuivre grâce à la sélection de variétés de plantes résistantes aux maladies fongiques. C’est déjà en partie réussi pour la vigne. Les vigneronnes et vignerons bio peuvent en effet diminuer fortement les quantités de cuivre en cultivant des cépages résistants (aussi appelés «piwis»). Et certains renoncent même complétement au cuivre comme le montre le label «sans pesticides» développé par Roland Lenz, Bruno Martin et Fredi Strasser. Certains d’entre eux, comme Bruno martin, comptent d’ailleurs parmi les soutiens convaincus de l’initiative pour une eau potable propre.
La sélection de variétés résistantes au mildiou fait continuellement des progrès – aussi pour les cultures de pommes de terre. Des nouvelles variétés comme Vitabella, Acoustic ou Otolia montrent de bonnes résistances contre cette maladie fongique dévastatrice. Et en arboriculture fruitière il y a aussi déjà des variétés de pommes résistantes comme Topaz, Florina, Rubinola ou Resi. L’important est que la sélection variétale puisse être poursuivie sans interruption, car les résistances reposent souvent sur quelques gènes seulement et parce que les agents pathogènes peuvent arriver à s’y adapter en l’espace de quelques années. C’est ainsi que la résistance contre la tavelure des variétés de pommes susmentionnées repose sur un seul gène de la pomme sauvage Malus floribunda 821. Or le champignon responsable de la tavelure s’y est déjà adapté à de nombreux endroits.

liens